Où en est le e-commerce aux U.SA.?
Le commerce électronique B2C
Pays pionnier dans le commerce électronique sur Internet, les Etats-Unis restent le premier pays par le volume des transactions réalisées en ligne dans le commerce de détail (B2C). Cependant, la mesure du commerce électronique et l’appréhension de sa réalité demeurent un exercice très délicat tant les données consolidées fiables existent peu, même aux Etats-Unis (*) (voir chapitre 1 de l’ouvrage).
Selon les statistiques officielles, le montant des achats de détail effectués en ligne aux U.S.A. s’élève pour l’année 2007 à 126,697 milliards de dollars. Ces statistiques incluent aussi bien le chiffre d’affaires des pure-players, brick-and-mortars, que des vépécistes traditionnels. Par conséquent, elles ne reflètent pas réellement le commerce électronique. Il faut également prendre conscience que ces données n’incluent pas le commerce C2C (consumer-to-consumer), alors même qu’il s’agit d’un segment du commerce électronique qui a connu une très forte progression avec des succès comme eBay.com. A titre d’exemple, le montant des transactions sur eBay pour 2008 s’élève à 59,65 milliards de $, générant un revenu de 8,51 milliards de $ pour l’entreprise. D’autres plate-formes de C2C génèrent également un volume d’affaires qu’aucune étude n’a jamais estimé aux U.S.A où ailleurs.
Par conséquent, on ne dispose pour les U.S.A. que de chiffres partiels (n’incluant pas le C2C) et surestimés (incluant la VPC traditionnelle).
Malgré une progression constante des transactions en ligne, le commerce électronique ne représente encore que 3,2% du commerce détail aux U.S.A. en 2007 (voir le graphique 1). Cette progression réside historiquement dans un fort équipement des ménages en ordinateur, mais aussi sur le fait que les ventes en ligne ne sont pas taxées comme les ventes physiques, ce qui a beaucoup favorisé l’essor de ce canal. Il semble que cet avantage soit remis en question (cf. article du Journal du Net d’avril 2009). Avec la crise, les états cherchent des ressources fiscales et nombreux sont ceux qui ont des projets de taxation des ventes en ligne, comme la Caroline du Nord ou la Californie (cf. article Journal du Net juillet 2009). L’état de New York taxe d’ores et déjà les ventes en ligne. Amazon et eBay tentent de s’opposer à ce changement de législation qui amoindrit l’intérêt du canal et pénalise davantage les pure-players que les brick-and-mortars. (voir les articles du Journal du Net du 24 juin 2009 et du 30 juin 2009)
Graphique 1: part du e-commerce dans
le commerce de détail (Source : Census
Bureau)
Il existe bien d’autres sources de données sur
le commerce électronique que les statistiques
officielles. L’une d’entre elles -
Internet Retailer
Top 500 Guide- offre une bonne estimation du
marché dans la mesure où cette société collecte
année après année auprès des entreprises les
données nécessaires à la réalisation de son guide
annuelle des 500 premiers sites de commerce
électronique américains. Cette série offre donc un
panorama assez complet des acteurs majeurs du
commerce électronique aux U.S.A (hors C2C).
Les estimations de cette société diffèrent quelque
peu des données officielles du Department of
Commerce. Internet Retailer estime les
ventes en ligne totales aux USA à 178,18 milliards de
$ en 2008. IR ajoute à son Top 500 - 115
milliards $- les ventes d’eBay estimés selon
eux à 21,6 milliards, auxquelles il rajoute, les
ventes des autres sites marchands qui ne sont pas
inclus dans son panel, soit 40,7 milliards $, soit un
total de 178,18 milliards $.
Premier élément important que nous apprend Internet
Retailer « Top 500 2009 », c’est le
fait que le marché des 500 premiers vendeurs en ligne
représente la quasi totalité du commerce électronique
américain (91%) selon les statistiques du Census
Bureau !
Deuxième information, les pure-players ne
représentent que 31,8% des ventes en ligne
du Top 500, les distributeurs physiques
représentant près de 40% des ventes (cf.
graphique 2).
Troisième information, les vépécistes représentent
17% du commerce électronique. On a donc ainsi une
approximation de la surestimation du marché du
e-commerce dans les statistiques officielles, soit
environ 15% (91% x 17%).
Graphique 2: répartition des
vendeurs en fonction de leur nature (source:Internet Retailer)
Les données d’Internet Retailer montrent
également une domination des généralistes (mass
merchant) en termes de chiffres
d’affaires: il ne représentent que 6,4% des
vendeurs mais réalisent 30,7% des ventes totales (cf.
graphique 3). C’est une confirmation que le
commerce électronique est d’abord un relatif
succès pour les distributeurs généralistes
traditionnels aux U.S.A.
Dans les dix premiers du classement, on retrouve cinq
distributeurs physiques classiques: Staples (n°2),
Office Depot (n°4), OfficeMax (n°6), Sears (n°7),
Best Buy (n°10) ! Il n’y a que deux
pure-players dans le Top 10 : Amazon (n°1), Newegg
(n°9) ! Les autres places sont occupées par Dell
(n°3), Apple (n°5) et un vépéciste CDW (n°8).
Il n’y a que 21
pure players dans
le TOP 100 !
Graphique 3 : les catégories de
ventes en nombre de vendeurs et en chiffre
d’affaires (source:Internet Retailer)
L’image du commerce
électronique est donc loin de celle que l’on a
construite en Europe où la fascination pour Amazon et
eBay a masqué une réalité plus prosaïque: le commerce
électronique est essentiellement le fait des réseaux
traditionnels de distribution et des vépécistes
historiques (57% des ventes). Les nouveaux acteurs
sont finalement peu nombreux à s‘être imposés
comme une alternative à la distribution classique.
Le commerce électronique B2B
En ce qui concerne les échanges entre entreprises
(B2B), la part du commerce électronique est bien plus
importante, puisqu’elle s’élève à 35%
dans l’industrie, 21% chez les grossistes, mais
seulement 1,8% dans les services. Il est à noter que
les échanges en B2B sont encore très largement
réalisés par E.D.I (2) et non par Internet
(voir
chapitre 4). Il est important de noter que, dans
l’industrie, six branches réalisent 70% des
transactions électroniques (matériel de transport,
produits chimiques, produits alimentaires, pétrole et
charbon, ordinateurs et équipements électroniques,
machines-outils).
Par conséquent, il faut encore une fois être prudent
sur l’interprétation des statistiques et bien
analyser ce qu’elles incluent ou non. Il est
donc très difficile se faire une idée précise de ce
que le commerce électronique recouvre comme réalité
aux U.S.A. Il en va malheureusement de même en France
où les données et séries statistiques fiables font
également cruellement défaut.
(*) les données
statistiques officielles incluent les ventes par
catalogue (« mail order &
catalog » ), autrement dit la VPC
traditionnelle. On a donc plutôt des données de vente
à distance, que de réelles données sur le commerce
électronique.
(1) Les séries statistiques du Census
Bureau concernant le commerce
électronique font actuellement l’objet
d’un retraitement complet sur la période
1999-2007; voir les redressements effectués sur la
page suivante : http://www.census.gov/retail/mrts/www/ecombench.html
(2) voir les données détaillées sur la part de
l’EDI disponibles à l’url suivante
: http://www.census.gov/eos/www/2007/table3.xls
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